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Point de vue d'une inconnue

Putain sa race ! Je me réveillai violemment en gémissant. J'avais horriblement mal aux muscles. Je regardai autour de moi. Blanc. Je ne vis que du blanc. Les murs, le plafond, le sol, les joints, les portes, les poignets de portes étaient blancs. Tout était entièrement blanc. Mais où étais-je ? J'analysai la pièce dans laquelle je me trouvai. Elle était semblable à une chambre d'hôpital. Je déteste les hôpitaux. Il fallait abosulement que je sorte d'ici. Mais une abominable migraine m'en empêcha et m'obligea à me calmer ainsi qu'à me rallonger. Il y avait des sortes de câbles qui me reliaient à une machine. Celle-ci émettait un bruit électronique régulier. Qu'est-ce que ce bruit signifiait ? Je restai statique pendant quelques instants, essayant de répondre à ma question. Aucune réponse ne me vînt. J'observai alors de nouveau tout ce qui se trouvait autour de moi. À ma gauche, il y avait une petite table en bois avec une lampe dessus. Toujours à ma gauche, il y avait un dressing. Je me levai pour voir s'il y avait quelques choses à l'intérieur. En me levant, mon pied heurta violemment la table de chevet. Le bruit que je fis ainsi que le gémissement que j'eus produit, avait tout à fait l'air d'avoir dérangé quelqu'un. Je me croyais pourtant seule dans cette chambre. Je me retournai. En effet, il y avait bien quelqu'un dans ma chambre. Cette personne devait selon moi être un homme. Il était assis sur un espèce de fauteuil. Il me regardait. Qui était-il ? Que faisait-il là ? Son regard était tellement pénétrant, que je n'osais ni parler ni même bouger. Il me fit signe de venir m'assoir à côté de lui, mais je ne bougeai pas :


<< - Bonjour, tu dois s'en doute te demander qui je suis. C'est moi qui t'ai emmené ici, me dit-il.
- Puisse-je savoir en quel honneur ? Et, qui êtes-vous ? lui demandai-je sèchement.
- Mais enfin, regarde-toi ! m'ordonna-t-il. >>


De l'autre côté de la chambre, à ma droite, il y avait deux trucs qui ressemblaient à des fauteuils. Il y avait aussi une fenêtre, tellement petite qu'une main ne passerait sans doute pas. Mais surtout, il y avait un miroir. Je m'approchai de celui-ci. J'avais le visage pâle, limite translucide. Mes paupières étaient violettes. J'avais une coupure au niveau de l'arcade sourcilière droite. J'avais la lèvre supérieure enflée. J'avais aussi une sorte de bandage sur le nez, sûrement, devait-il être cassé. Je restai devant la glace à contempler mon visage. J'étais quasiment méconnaissable. Disons que ça fesait tellement longtemps que je n'avais pas pu me regarder dans un miroir. Des larmes naquirent dans mes yeux, vécurent sur mes joues et moururent sur mes lèvres. L'inconnu se leva de son fauteuil, s'approcha de moi et posa sa main sur mon épaule. À son contact, je frisonnai. Le remarquant, il retira sa main et se rassit. On ne m'avait jamais touché avec tendresse. Je m'assis à mon tour sur mon lit, faisant face à l'inconnu. Il me regardait toujours avec un regard pénétrant. Un regard tellement pénétrant, qu'on a l'impression qu'il déscripte toutes pensées. Un regard tellement pénétrant, qu'il vous fait baisser les yeux vers le sol :


<< - Te rappelles-tu de ce qu'il s'est passé ? me demanda-t-il.
- Non. Je ne me souviens de rien, lui répondis-je.
- Tu vis à Paris ? me demanda-t-il.
- Dîtes-moi, pourquoi cette machine fait ce bruit ? lui demandai-je.
- Tu ne sais pas pourquoi elle fait ce bruit ? me demanda-t-il, étonné.
- Non, sinon je ne vous demanderais pas, lui répondis-je.
- Cette machine retranscrit ta fréquence cardiaque, me répondit-il à son tour.
- Ah d'accord. Mais pourquoi faire ? lui demandai-je.
- Ecoute, je ne suis pas médecin, alors tu vas te contenter de me dire si tu vis à Paris ou non, me redemanda-t-il. >>


De nouveau, un grand silence s'installa dans la chambre. Un silence tellement silencieux, qu'il me semblait que l'air pesait des tonnes. J'étais incapable de penser. Incapable de me souvenir de quoique ce soit. J'étais incapable de me souvenir de l'endroit où j'habitais. J'étais même incapable de savoir si j'habitais quelque part. J'avais beau réfléchir, rien ne me vînt. Mais, qu'est-ce qu'était Paris ? Est-ce un quartier ? Une ville ? Un pays ? Une maison ? Qu'est-ce que c'était donc ? Je n'en savais rien. Je ne savais plus rien. Incapable de savoir la chose la plus évidente au monde. Mon prénom. Avais-je perdu la mémoire ? D'angoisse et de fatigue, mes yeux se mirent de nouveau à pleurer. L'inconnu était toujours là, devant moi, à me regarder. Cette fois-ci, il ne se leva pas. Cette fois-ci, il continua de me regarder. Mes paupières semblaient me peser non pas des grammes, mais des kilogrammes. Je sombris dans un profond et long sommeil.


À mon réveil, de nouveaux inconnus étaient autour de mon lit. Ils me parlaient tous en même temps. Leurs paroles m'importaient tellement peu, que je ne pris même pas la peine de déscripter ce qu'ils me disaient. La seule chose qui m'importait était de savoir où était parti mon inconnu. J'étais complètement déboussolée. La table de chevet, qui était à ma gauche, avait disparu ainsi que les deux fauteuils, qui étaient à ma droite. Complètement affolée, je me levai de mon lit en criant et en me débattant dans tous les sens possibles. Deux nouveaux inconnus vinrent vers moi, m'attrapèrent et me bloquèrent pour que je ne puisse plus bouger. Mais où était mon inconnu ? Où étais-je encore ? Ces deux mêmes inconnus m'allongèrent et m'attachèrent sur le lit. Etais-je devenue folle ? Etais-je dans un hôpital pour tarrés ? Mais où étais-je ? Ils me parlèrent encore, mais je n'écoutais encore pas leurs paroles. Un autre inconnu s'approcha de moi, me piqua avec une grosse aiguille et tous les inconnus sortèrent de ma chambre. J'étais encore entrain de sombrer dans le sommeil.


Lorsque je me réveillai, je n'étais plus attachée. Mon inconnu était revenu, et mes meubles aussi. Avais-je fait un mauvais rêve ? Lorsque je tournai la tête vers mon inconnu, il me sourit. Il me leva et s'assit sur le bord de mon lit. Je souriais moi aussi. Ces cheveux étaient noirs et très long. Ces yeux étaient de couleur noisette et étaient en forme d'amande. Son visage était clair, fin et ravissant. Et ce sourire... Il n'y a aucun mot pour le décrire. Mes yeux se noyaient dans les siens. Il était toujours là, sur mon lit, à sourire. Il me demanda si j'allais bien, je lui répondis par un "oui", même si c'était plutôt faux et que j'avais l'impression d'être devenue un poisson rouge. Je lui retournai la question, il me répondit par un "oui" aussi. C'était bizarre. J'étais bien en sa présence. Je ne le connaissais pourtant pas. Je ne connaissais même pas son prénom.


Il était midi, mon charmant inconnu m'invita à aller manger avec lui à la cafétéria de l'hôpital. Je n'étais donc pas dans un hôpital pour fous. C'est rassurant. Arrivés dans la cafétéria, il me demanda de m'assoir à une table qu'il m'avait faite choisir et me demanda ce que je voulais manger. Je lui répondis de prendre pour moi ce qu'il prendrait pour lui. Il me sourit, et partit chercher à manger. Les inconnus de la dernière fois étaient là, assis à une table pas très loin de la mienne, à me regarder et à parler de moi. Que pouvaient-ils bien dire sur moi ? Il se passait des choses... Des choses qu'on ne voulait pas me dire... Mais lesquels ? Êtes-vous déjà entrés à l'hôpital pour des bleus ? Je ne crois pas. Qu'avais-je alors ? Je ne pus me poser d'avantage de questions, car mon inconnu revînt. Toujours assez souriant, pour ne pas changer. Nous mangeâmes tous deux, dans le silence, je-ne-sais-quoi. En tout cas, ce je-ne-sais-quoi n'était pas mauvais. Une fois nos plats terminés, nous remontâmes dans ma chambre, toujours dans le silence absolu. Arrivés dans ma chambre, je m'allongeai sur mon lit et mon inconnu s'assit dans son fauteuil. Tout était calme, jusqu'à ce qu'une femme débarqua dans ma chambre :


<< - Elena ! Dieu merci tu vas bien ! Que s'est-il passé ? me demanda-t-elle.
- Excusez-moi mais, qui êtes-vous ? lui demandai-je à mon tour. >>

# Posté le samedi 15 novembre 2008 11:29

Modifié le vendredi 30 octobre 2009 11:16

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